Dictionnaire monologue de l’arabe marocain

Dictionnaire monolingue de l’arabe marocain : Questions préliminaires

Khalil MGHARFAOUI
Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur l’Interculturel (URAC 57)
Université Chouaïb Doukkali

 

The Zakoura Foundation has set up a Centre for the promotion of Darija (Moroccan Arabic), which is working, among other things, on the development of a Moroccan Arabic dictionary. A Moroccan dictionary developed by Moroccans is an exciting scientific experiment. However, it is bound to meet several challenges, namely writing rules, which are the most obvious (outstanding) but certainly not the only ones. What relation must this variety maintain with Standard Arabic? Can it be taught? At what level? What words should be retained in a dictionary that has teaching goals?

 

 

Introduction

Depuis quelques années, la querelle sur la place et le statut de la langue arabe marocaine, dite darija, fait l’objet de débats animés. L’intrusion aussi rapide que massive de cette langue dans l’espace public et le sentiment de danger que cela génère chez les défenseurs de l’arabe standard explique l’exhaltation et la véhémence d’un débat qui dépasse les contours de la linguistique pour couvrir des aspects politiques, sociologiques et psychologiques.

C’est sur l’aspect linguistique que portera cette communication. La langue arabe, comme toute langue, est soumise aux lois du temps. Elle est en mouvement perpétuel et son évolution s’est incarnée dans les diverses variétés parlées venues se greffer sur la variété standard. Un semblant d’ordre s’est établi au fil du temps. Ainsi, une répartition des rôles entre les variétés a fini par mettre en place des frontières dont la transgression enflamme rapidement les passions.

Dire que l’arabe marocaine peut jouer des rôles plus importants que ceux d’une simple langue parlée, nécessite non seulement des arguments scientifiques solides, mais aussi beaucoup de précautions méthodologiques. En effet, la complémentarité entre les deux variétés est telle qu’on a l’impression que la promotion et le développement de l’une ne puisse se faire qu’au détriment de l’autre. On pense que tout territoire conquis par l’arabe marocain se traduira nécessairement par sa perte pour l’arabe standard.

Le Rapport Général, publié à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, revenait dans ses recommandations sur cette question linguistique essentielle pour l’avenir du Maroc. Il préconisait d’ «Apporter une solution claire et cohérente à l’équation linguistique dans notre pays, en se fondant sur les apports de l’arabe classique, de l’amazigh, et de l’arabe dialectal ». (Rapport Général. 2006:112). Il est par conséquent utile de revenir rapidement sur ce rapport particulier entre les deux variétés de l’arabe.

  1. Rapports entre les langues en présence

Le rapport qu’entretien l’arabe marocain avec l’arabe standard, s’inscrit dans un espace linguistique caractérisé par la présence de plusieurs autres langues, souvent en relation tendue, voire conflictuelle.

La question linguistique a toujours été au centre du débat au Maroc. Au lendemain de l’indépendance, l’opposition entre les langues en présence s’est cristallisée autour de la place de la langue nationale à côté de la langue étrangère dominante. Presque soixante ans après, la donne s’est compliquée avec l’introduction dans ce débat des langues maternelles. L’arabe standard, considéré comme seule langue nationale légitime, s’est vu bousculé sur l’autre flanc par l’amazighe et l’arabe marocain, cantonnés depuis l’indépendance et jusqu’à quelques années encore, dans le rôle de langues orales relevant de la sphère intime.

La langue amazighe a longtemps lutté pour sa reconnaisse en tant que langue maternelle d’une large fraction de Marocains. Aujourd’hui, elle est bien installée dans sa légitimité constitutionnelle, mais son combat continue pour la concrétisation de ce statut dans l’enseignement, l’administration, les médias, etc. Les réalisations et les avantages obtenus n’atténuent pas pour autant l’inquiétude que ressentent certains promoteurs de l’amazighe devant l’avancée remarquable de l’arabe marocain. En effet, ce dernier constitue pour la langue amazighe une menace réelle dans la mesure où l’arabe marocain est de facto la langue véhiculaire de tous les Marocains quelque soit leur langue maternelle. En l’espace d’une ou de deux générations, l’arabe marocain devient rapidement la langue maternelle des amazighophones, quand ils s’installent dans les grands centres urbains. Or, le développement urbain du Maroc et la généralisation de l’enseignement, d’où la langue amazighe continue à être largement absente, exacerbe encore plus ce danger. De ce fait, toute tentative de promotion de l’arabe marocain est ressentie comme un danger pour le développement de l’amazighe.

D’un autre côté, le conflit entre l’arabe standard et le français n’a fait que redoubler d’ardeur par la vitalité presque arrogante que garde cette langue dans le système éducatif et dans l’économie du pays. La politique d’arabisation, lancée après l’indépendance dans un enthousiasme débordant, s’est faite dans un malentendu définitoire. Comme le rappelle A. Koucha (2000), les attitudes vis-à-vis de cette politique furent variées. A côté des « traditionalistes », pour qui l’arabisation signifie l’éradication du français et son éviction du paysage linguistique marocain, on trouve les « modernistes » plus préoccupés par le développement économique du pays que par l’arabisation qu’ils comprennent, mais qu’ils relèguent au second plan. Les « nationalistes », de leur côté, portent un regard politique sur cette question. Pour eux « Le Maroc se doit de préserver sa langue (arabe s’entend) et préserver par la même occasion son appartenance au monde arabe. » (Koucha 2000:280). Enfin, les « bureaucrates » reconnaissent la légitimité de l’arabisation, mais n’assument pas ses conséquences pédagogiques quand le niveau de l’enseignement baisse.

La Cosef[1]avait mit le doit sur le problème de la politiue d’arabisation en reconnaissant explicitement que « L’arabisation, réalisée dans la précipitation, et sans démarche rigoureuse et globale, a conduit aux différents paliers à une faible maîtrise, à la fois du français et de l’arabe, de la part des bénéficiaires. » [2]

Aujourd’hui les études montrent que la maîtrise de la langue arabe reste très en deçà des attentes. Un rapport[3]sur le niveau de lecture des élèves marocains dans la région de Doukka-Abbda, a révélé que 33% des élèves du 2ème niveau et 17% du 3ème niveau n’ont pas pu lire un seul mot dans un texte d’arabe classique. Une des explications qu’avancent certains linguistes peut être résumée dans cette citation de Bentolila :

« la réussite de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture exige qu’il s’effectue dans la langue maternelle de l’élève. Tout écart significatif entre langue d’appren-tissage et langue parlée est une promesse d’échec. »(Bentolila; 2013 : 131)

Le relation entre l’arabe standard et l’arabe marocain s’est longtemps stabilisée dans une diglossie de fait intégrée et acceptée. Les deux variétés se sont ainsi trouvées des domaines complémentaires. L’arabe standard relève du domaine de la communication officielle, dans les champs religieux, juridique, éducatif et administratif. Les relations familiales et sociales relèvent, quant à elles, des langues maternelles et notamment de l’arabe marocain. Mais une dynamique entraîne désormais l’arabe marocain vers des terrains d’où il était jusque-là exclut. Il y a une vingtaine d’année, Youssi (1992) avait délimité les domaines des langues en présence au Maroc. En consultant aujourd’hui cette liste, il est aisé de constater l’espace gagné par l’arabe marocain. Il en est ainsi des médias avec des films étrangers doublés en marocain, des bulletins d’information radiodiffusés*, mais aussi dans l’enseignement**, les journaux,*** la production littéraire, la publicité par affichage. L’arabe marocain décomplexé s’affirme de plus en plus comme une réalité non seulement orale, mais aussi écrite. De langue basse, unique expression des analphabètes, l’arabe marocain est aujourd’hui une revendication portée par des intellectuels, artistes, écrivains, linguistes, qui le considèrent comme la langue de l’identité et de la créativité. La langue qui pourrait réconcilier le Marocain avec lui-même et avec la modernité.

Les langues évoluent parce que le monde et la réalité qu’elles expriment changent. Il arrive cependant qu’une volonté de figement se manifeste, souvent par peur de la perte de l’identité associée à une prétendue pureté. Toutes les langues sont tiraillées entre le nécessaire changement imposant des réaménagements linguistiques et la permanence qui les préserverait d’une dérive pouvant les dénaturer ou les perdre. C’est dans la dynamique entre ces deux forces, le conservatisme d’un côté et l’évolution de l’autre, que se trouve un espace pour bâtir une langue arabe marocaine moderne.

  1. Une histoire ancienne

Si dans sa lutte avec le français, l’arabe standard s’est toujours prévalu de son authenticité et de l’identité qu’il porte, son conflit avec l’arabe marocain se déploie autour d’arguments relevant des champs religieux (la langue du coran), politique (l’appartenance au Monde arabe) et culturel (patrimoine littéraire et scientifique de plusieurs siècles).

Le statut et la place de la variété parlée est un vieux débat dans le monde arabe. Ce sont d’abord des chercheurs orientalistes qui avaient porté l’exhortation du renouvellement de la langue arabe. Il était dès lors prévisible que cet appel soit compris par certains comme une intention politique de détruire la langue arabe. Dans un livre au titre révélateur[4], l’écrivain Egyptien Anwar Al Joundi considère les recherches menées par Willcocks, Willmore, Gardiner, Massignion, Colin et d’autres encore comme une «vaste compagne d’occidentalisation et la réalisation d’un des objectifs du sionisme international »[5](Al Joundi ; 1982 : 136). Les études portant sur les langues anciennes et les langues parlées dans le monde arabe pendant la colonisation, ne pouvaient, selon l’auteur, être motivées que par la volonté de détruire l’arabe classique (fusha).

Si les écrivains de la renaissance arabe au XIXe siècle avaient soulevé, eux aussi, la question de la réforme de la langue arabe, c’est surtout au XXe siècle que ce débat s’est exacerbé. Ainsi Salama Moussa dans son livre albalâghatou al’asriyatou wa alloughatou al’rabiyatou,[L’Eloquence moderne et la langue arabe[6]] (1964), considérait la diglossie comme une sorte de schizophrénie. Abdelaziz Fahmi avait, de son côté, proposé en 1944 que l’arabe s’écrive en caractère latin. Quant au libanais Anis Feriha (1989), il considère dans son livre allhajâtou wa ‘ousloubou dirâsatihâ[Les Dialectes et la méthode de leur enseignement][7]que l’avenir de la langue arabe réside dans un enrichissement mutuel de ses deux variétés pour aboutir à une langue unique à l’écrit et à l’oral. D’une manière générale trois tendances se dégagent autour de cette question (Amara 2010 : 47) :

Les conservateurspour qui la langue arabe classique doit rester telle qu’elle est en renforçant l’enseignement de sa littéraire et de sa grammaire classique.

Les réformistesqui considèrent que la langue classique n’est plus adaptée au monde moderne et plaident pour qu’elle s’approche de l’arabe parlé et devienne ainsi un outil de communication et d’enseignement efficace.

Les modérés qui veulent que l’arabe standard se modernise et tablent sur le changement des méthodes d’enseignement de manière à promouvoir l’arabe parlé pour le rapprocher de l’arabe standard.

  1. Le projet de dictionnaire marocaine

C’est dans le cadre de ce débat que s’inscrit le projet porté par le Centre de la promotion de la darija. L’arabe marocain vit un paradoxe caractéristique. Il est dévalorisé et tenu à l’écart du système éducatif, mais il remplit en même temps une fonction importante en tant que langue dans laquelle les Marocains communiquent, commercent, expriment leurs idées et leurs sentiments. Le Centre de la promotion de la darija œuvre justement pour que cette langue puisse jouer pleinement son rôle dans le développement.

L’impact de l’enseignement dans la langue maternelle sur le développement personnel et économique a fait l’objet de plusieurs études[8]. Celles-ci ont montré que la maîtrise d’une langue maternelle renforce le tissu économique local. Le colloque « Chemin de la réussite[9] » avait abordé cette question dans l’un de ses ateliers. Certaines de ses recommandations plaidaient clairement pour l’usage de la langue arabe marocaine (maternelle) dans les premières années de l’enseignement :

«1- Il est essentiel d’accueillir les enfants à l’école dans leur langue maternelle. Chaque enfant doit maîtriser sa langue maternelle avant d’apprendre une langue seconde, afin d’éviter toute rupture linguistique précoce. L’école maternelle étant davantage destinée à apprendre des compétences transversales que la lecture, l’écriture et le calcul, l’enfant ne doit pas souffrir de barrière linguistique à «l’apprentissage de la vie».

2- Faire des langues maternelles dès le préscolaire puis dans les premières années du primaire, la langue d’enseignement pour l’acquisition de savoirs fondamentaux.

3- Codifier l’arabe marocain en veillant à établir des passerelles avec l’arabe classique. » (Actes du colloque « Chemin de la réussite »,2013: 315)

Le Centre de la promotion de la darija travaille à l’élaboration d’une grammaire, un dictionnaire usuel ainsi qu’une anthologie et une méthode de langue. Tous ces projets s’inscrivent dans une logique d’apaisement avec la variété standard et se basent sur des principes scientifiques. Mais il convient d’emblée de dissiper certains préjugés dont pâtit encore toute recherche sur l’arabe marocain :

1- La langue arabe marocaine serait un risque pour l’arabe standard. Aucune langue ne peut réellement construire sa force sur l’exclusion des autres. La force d’une langue vient de sa vitalité et de son usage et non de la faiblesse réelle ou supposée d’une langue concurrente. Quand on parle de la présence de plusieurs langues dans un même espace, l’idée de leur relation conflictuelle paraît tellement évidente que les réflexions se posent en termes de substitution et non de cohabitation. On a souvent imputé la faiblesse de la langue arabe au Maroc à la présence du français, comme s’il était inconcevable de maîtriser deux langues dans le même espace. L’arabe marocain pourrait être au contraire une chance pour l’arabe standard. Leur proximité leur permettra d’évoluer vers une langue commune qui ajoutera la vitalité de l’une à la richesse de l’autre.

2- La langue arabe marocaine serait inapte à refléter la modernité et à transmettre des contenus scientifiques.On devrait certainement inverser ce raisonnement en affirmant que les langues ne sont pas utilisées parce qu’elles sont aptes, mais qu’elles deviennent aptes quand elles sont utilisées. Aucune langue, quel que soit son patrimoine culturel ou scientifique, n’est d’un point de vue scientifique inapte à véhiculer des connaissances ou des concepts aussi « complexes » soient-ils. Les langues se travaillent et s’enrichissent de vocabulaire par l’emprunt ou par la création lexicale. Elles vivent quand elles sont utilisées et meurent dès qu’on les confine dans des livres en rupture totale avec le vécu quotidien.

3- La promotion de l’arabe marocain coûterait cher pour un résultat médiocre.Les gains de la promotion de l’arabe marocain sont indéniables aussi bien au niveau psychologique, social qu’économique. L’investissement en termes de coûts financiers reste négligeable. Les expériences menées dans plusieurs pays africains[10]montrent, en effet, que le gain à moyen et long termes est certain et justifie l’investissement.

  1. Le dictionnaire de la darija

Une revue des dictionnaires disponibles actuellement sur l’arabe marocain montre que ceux-ci sont suffisamment rares pour qu’on puisse parler d’un terrain encore peu investit. D’un autre côté, la majorité de ces dictionnaires ont été élaborés pour les non-natifs et souvent par des étrangers. Les quelques dictionnaires rédigés par des Marocains s’inscrivent souvent dans le cadre d’une recherche lexicographique liée à un domaine précis ou à une région[11]. De ce point de vue, le nouveau dictionnaire en projet est véritablement le premier dictionnaire général de l’arabe marocain fait par des Marocains pour des Marocains. Mais c’est surtout le premier dictionnaire écrit entièrement en arabe marocain.

Si l’on devait chercher une raison plausible pour travailler sur un dictionnaire, on pourrait en trouver une dans cette citation de la préface du Dictionnaire de Furetière : « il n’y a point de livres qui rendent de plus grands services ni plus promptement ni à plus de gens que les dictionnaires ; […]. Rien donc ne pourrait être plus superflu que d’entreprendre ici la preuve si souvent donnée par d’autres de l’utilité de cette sorte de compilations. »[12]

Élaborer un dictionnaire de l’arabe marocain est aussi exaltant que difficile. Plusieurs défis sont à relever. Je me limiterais ici à en citer quelques uns.

  1. La question des variétés régionales

L’importance du dictionnaire pour une langue en quête d’une certaine normalisation est évidente. En effet, le dictionnaire décrit la langue et délimite en même temps les contours de ce qui relève de l’usage acceptable, pour ne pas dire « le bon usage ». Nous sommes là devant une des premières spécificités de ce dictionnaire. Il ne s’agit pas d’un dictionnaire qui consigne les occurrences telles qu’elles sont attestées. C’est plutôt un outil pédagogique aidant à l’apprentissage de la langue arabe marocaine. Il fallait donc faire des choix pour rester dans un parler marocain médian largement partagé et compréhensible de tous.

En voici quelques exemples :

Variété 1

Variété 2

Correspondant français

Variété retenue

يآخر

آخر

dernier

آخر

أرط

أرض

Terre

أرض

تسعدر

استعذر

s’excuser

استعذر

بعط

بعض

quelque

بعض

Les variétés de la première colonne sont bien attestées, mais nous ne les retenons pas parce qu’elles constituent une variation plus prononcée par rapport à l’arabe standard. Si la variété 2 n’existait pas, la première aurait été retenue. Nous pensons, en effet, que l’évolution de la langue arabe, grâce notamment aux médias et à l’école, va vers une convergence lexicale entre la variété parlée et la variété standard. Les études manquent encore dans ce domaine. D’un autre côté, nous cherchons à faire de l’apprentissage de l’arabe marocain un pont vers la maîtrise de l’arabe standard. C’est d’ailleurs ce qui nous a poussé à choisir au niveau orthographique une norme qui s’approche le plus de l’arabe standard.

  1. La norme orthographique

C’est l’un des problèmes majeurs que nous avons rencontré. Les divergences concernent essentiellement quelques mots grammaticaux et quelques sons qui n’existent pas en arabe standard ou qui se présentent sous plusieurs formes en arabe marocain. Nos choix ont été guidés par le principe de la cohérente du système, la logique scientifique et la proximité avec la variété standard. Voici quelques questions soulevées par la norme orthographique :

a) les sons propres à l’arabe marocain.

Il existe en arabe marocain des sons que la variété standard ne réalise pas.

Son

Mot français

Écriture en arabe standard

Écriture possible en arabe marocain

/g/

Agadir

Assis-toi

أكادير

جلس

أكَادير

كَلس

/v/

(La) visite (pour les voitures)

(La) vignette

لافيزيت

 

لافينيت

لاڥيزيت

 

لاڥينيت

/p/

Bicyclette

بيكالة

پـيـكالة

Faut-il garder les lettres arabes pour transcrire ces mots en leur octroyant de nouveaux sons, ou ajouter à l’alphabet marocain de nouvelles lettres (ڥپـ گ) ?

La tendance est d’aller vers un caractère spécifique quand le son n’existe pas en arabe standard. Cependant un mot comme قالqu’on réalise à la fois avec le son قet گselon le contexte et la région s’écrira avec la lettre standard ق.

b) la détermination

La détermination se fait en arabe avec les lettres (ال) , mais dans certaines positions et avec certains mots, seule la lettre (ل) s’entend ; si bien que l’on trouve dans plusieurs textes marocains une transcription « phonétique » avec le ل seul.

Exemple :

Phrase transcrite en marocain

Transcription plus conforme à l’arabe standard

 

شاف لقمر

شافالقمر

Il a vu la lune

c) le pronom masculin (ـه)

Ce pronom est rendu en arabe standard par un ه attaché à la fin du mot.

Son livre : كتابه

En arabe marocain cette lettre n’est pas prononcée (sauf dans la région de l’oriental). Aussi, écrit-on souvent ces mots avec un وfinal qui correspond au son /o/ qu’on entend effectivement. On écrira alors : كتابوau lieu de كتابه.

Nous avons préconisé de garder l’écriture « standard » pour une raison de cohérence du système. En effet, ce son qui est muet quand le mot est au masculin, ressurgit quand celui-ci passe au féminin.

 كتابه que l’on prononcera en marocain / ktabu/, deviendra au fémininكتابها/ktabha/

Ce choix nous permet aussi de rester proche de l’arabe standard.

d) (ة) La marque du féminin à la fin des mots

Le son ة/t/ en fin de mot ne s’entend pas. C’est pourquoi il est disparaît parfois dans l’écriture de textes en arabe marocain.

Exemple : le mot « école » s’écrit مدرسةen arabe standard. En arabe marocain, la tendance est à l’écriture sans la marque du féminin. On écrira donc : مدرسou مدرسا. Cependant, la marque du féminin devient sonore quand on lui adjoint un adjectif possessif : مدرستها« son école ». Il nous semblait donc plus logique de la garder même si elle ne se prononce pas, pour la cohérence du système et pour rester, encore une fois, proche de l’arabe standard.

e) Les consonnes interdentales

L’arabe marocain a neutralisé les variations interdentales de certains phonèmes. Ainsi dans les couples de sons suivants, qu’on trouve dans l’arabe standard : ث/ت؛ذ/د؛ ظ/ض, seul la première de chaque paire est encore attestée en arabe marocain. Là encore nous avons préconisé de garder l’écriture des mots selon leur graphie standard pour garder la continuité nécessaire avec la variété standard.

Ce sont là quelques exemples liées à la norme orthographique. Il en existe d’autres que nous ne citons pas ici faute de temps.

  1. L’ordre des entrées lexicales

La question de l’ordre de présentation des entrées lexicales s’est posée aussi. La langue arabe est une langue à structure dérivationnelle. Plusieurs dictionnaires organisent la matière lexicale en entrées liées à une racine. Ce choix permet de respecter la particularité de cette langue et informe en même temps sur l’organisation de son lexique en paradigmes de schèmes.

La présentation des entrées en ordre alphabétique, comme nous l’avons fait, a certainement un coût puisque le risque de redondance des définitions est énorme, mais ce choix facilite la recherche à celui qui consulte le dictionnaire, surtout s’il ne connaît pas le principe de la dérivation. Il pourra ainsi chercher une entrée telle qu’elle est transcrite dans son document sans être obligé de chercher d’abord sa racine. Nous avons donc décidé de présenter les entrées selon leur réalisation. Chaque dérivation constitue une entrée.

 

Conclusion

Ce ne sont là que quelques questions parmi d’autres que soulève ce projet. Le dictionnaire n’est pas l’unique projet mené par le Centre de la promotion de la darija. En plus des autres outils pédagogiques, comme le précis de grammaire et d’orthographe, également en chantier, il faut continuer à discuter, débattre, échanger et essayer de convaincre de l’intérêt d’un tel projet. L’enthousiasme que l’on peut ressentir à mener ces projets, dont la valeur scientifique ne cache pas l’engagement affectif, devient parfois une source de suspicion. On ne travaille pas sur une langue minorée sans être quelque part « militant ». Nous sommes cependant convaincu que c’est dans la sérénité scientifique et l’échange serein que les réponses aux défis trouveront leurs meilleurs réponses.

 

Références

Actes du colloque international sur l’éducation Le Chemin de la réussite, (2013),4-5 octobre 2013, Fondation Zakoura éducation. Casablanca.

AL JOUNDI, A., (1982), al-fushâ loughatou al-qur’ân [La Fusha langue du Coran], Dar El Kitab et Maktabat Al Madrassa, Beyrouth.

AMARA, M., (2010), Al-Loughatou al-‘arabiyatou fî ‘isrâ’il, tahaddiyâtoun wa siyâqât,[Arabic Language in Israel: Contexts and Challenges], Dar Al-Huda & Dirasat Dar Al-Fikr-Jordanie

BENTOLILA, A., (2013), « La politique linguistique, en finir avec les faux semblants », Actes du colloque LeChemin de la réussite, Fondation Zakoura Education, Casablanca.

CHOUBACHI, C., (2013), li-tahyâ al-loughatou al-‘arabiyatou wa yasquta Sîbawayh, [Vive la langue arabe], Al Hay’a al misri’a al-‘âmma li-lkitâb.

FRIHA, A., (1989), allahajâtou wa dirâsatou ‘ousloubihâ, [Les Dialectes et la méthode de leur enseignement], Dar Al Jayl, Beyrouth.

KOUCHA, A., (2000), « La gestion de la politique linguistique, un espace francophone : l’exemple du Maroc », in P. Dumont et al. (Éd.), La Coexistence des langues dans l’espace francophone, approche macrosociolinguistique. Deuxièmes journées scientifiques du Réseau de L’AUF «Sociolinguistique et dynamique des langues » (p. 279-284), Montréal, AUPELFUREF.

LARCHER, P., (2008), « Al-lugha al-fuṣḥâ : archéologie d’un concept « idéolinguistique » in Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 124 | novembre 2008, mis en ligne le 16 janvier 2009, consulté le 3 novembre 2014. URL : http://remmm.revues.org/6035

Rapport Général,(2006), L’avenir se construit et le meilleur est possible. Cinquante ans du développement humain et perspective 2025. (non publié. Téléchargeable à http://www.diplomatie.ma/LeRapportduCinquantenairesurleDeveloppemen/tabid/230/language/fr-FR/Default.aspx)

USAID, (2012), Rapport : Evaluation du niveau de lecture, du niveau de mathématiques et de l’efficacité de la gestion des écoles primaires (EGRA/EGMA/SSME) –Résultats et dialogue à Doukkala Abda, Maroc. 28 janvier 2012 (téléchargé : pdf.usaid.gov/pdf_docs/pnadz049.pdf )

YOUSSI, A., (1992), Grammaire et lexique de l’arabe marocain moderne, Éditions Wallada. Casablanca.

 

Notes

[1]  Commission Spéciale Education -Formation qui a élaboré la Charte nationale d’éducation et de formation.

[2]  Regards sur le système éducation – formation au Maroc, COSEF, 2000.

[3]  Étude menée par l’agnce RTI et financée par l’USAID. Un rapport a été publié en 2012 et présentée à Rabat le 19 novembre 2014 (voir la bibliographie).

*  Plusieurs radios présentent des bulletins d’information en arabe marocain, notamment Hit Radio qui s’adresse surtout aux jeunes.

*  L’arabe marocain est très présent dans la pratique orale de la classe, mais il existe aussi des sites de vulgarisation scientifique en marocain.

*  Mise à part l’expérience du magazine Nichaneentièrement en arabe marocain, beaucoup de journaux réservent une page quotidienne, généralement de divertissement, écrite presque exclusivement en arabe marocain.

[4]  Il s’agit du livre d’Al Joundi, 1982, intitulé L’arabe Fusha langue du Coran.

[5]  La traduction en français est la mienne.

[6]  Il s’agit de notre traduction.

[7]  Il s’agit de notre traduction.

[8]  Voir notamment : Pourquoi et comment l’Afrique doit investir dans les langues africaines et l’enseignement multilingue. Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie. 2010

[9]Colloque international sur l’éducation tenu les 4 et 5 octobre 2013 à Casablanca.

[10]Pourquoi et comment l’Afrique doit investir dans les langues africaines et l’enseignement multilingue,Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie, 2010.

[11]C’est le cas du dictionnaire de Sabia et Naji

[12]Préface de l’édition de 1872 par Émile Littré. (consulté le 3 septembre 2014 sur http://www.synec-doc.be/librairie/asmara/littre/pref.html)

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